Un emprisonnement consenti et réclamé ?!
Cela fait plusieurs mois que ce projet trotte dans ma tête et, ces dernières semaines, les contours se sont mis à se dessiner plus clairement.
Le constat personnel : Depuis mon premier cri, je suis nourrie au poison industriel. Oui, le mot est fort, mais malheureusement pas si éloigné de la réalité. Je suis née en 1981, période où l’allaitement était devenu « obsolète » (on a dit à ma mère que son lait n’était pas bon) et durant laquelle nous avons été biberonnés au bisphénol A, avant qu’il ne soit retiré du marché bien des années plus tard… Lait de vache en poudre et petits pots tout prêts réchauffés au micro-ondes. Bienvenue sur Terre !
J’ai grandi au rythme des chocolats de Pâques en forme de lapins et des goûters pantagruéliques devant les séries AB, sauce pâte à tartiner et brioches tranchées. Céréales au sucre avec les jeux derrière la boîte et jus d’orange industriel constituaient mon petit-déjeuner avant mon départ au collège. Je ne blâme pas mes parents car, à l’âge de pouvoir faire mes propres choix, je ne manquerai pas de me perdre dans les soirées ultra-alcoolisées, les fast-foods et l’inconséquence… Que voulez-vous, il faut bien que jeunesse se passe. Enfin, la maturité arrivera quand même tardivement : il me faudra dépasser les trente ans pour commencer à avoir une once de conscience alimentaire.
Entre-temps, j’y ai perdu mon appendice et ma vésicule biliaire, mais je peux me gausser d’avoir pris vingt kilos durant l’adolescence, qui ont bien du mal à me quitter depuis. Bon, soyons intellectuellement honnête, je ne peux pas tout reprocher aux produits ultra-transformés : la nourriture grasse et sucrée a longtemps été pour moi un refuge face à la dureté de ce monde, et mes kilos une belle protection face à ce que je pouvais identifier comme des menaces extérieures. Parcours presque banal…
Mon premier sursaut de conscience a eu lieu à l’âge de 18 ans. Je ne pouvais plus supporter de manger des animaux. Je les aimais tellement que cela me paraissait alors inconcevable qu’ils finissent morts dans mon assiette. J’ai tenu un peu plus d’un an, avec un régime alimentaire qui consistait à ne rien changer, juste à enlever la viande. Je me trouve tout de même courageuse d’avoir pu, à l’époque et au vu de mon jeune âge, tenir tête à l’incompréhension de ma famille et aux repas festifs à base de gigot d’agneau et de foie gras du mari de ma grand-mère, qui était chasseur.
Ma vie de jeune fille finira par m’amener vers des horizons moins raisonnables et me fera revenir à un régime omnivore. À 20 ans, je décide de perdre ces kilos que je trimballais maladroitement (cachés sous des tuniques trop larges) par un régime drastique très efficace. L’aiguille de ma balance ira chatouiller les 65 kg, s’éloignant de manière assez jouissive des 90 qui me collaient alors à la peau.
Du haut de mes 45 ans, je comprends désormais l’absurdité de la démarche qui ne pouvait que se solder par une reprise de poids, mais mon caractère de Bélier me fera tomber dans une spirale de restrictions et de débordements sévères pendant presque deux ans pour tenter coûte que coûte de garder ma nouvelle ligne. Le prix était bien trop élevé et j’ai fini par lâcher prise au fil des mois, n’osant même plus monter sur une balance mais gravissant les échelons des tailles de pantalons, du 40 au 48… On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a !
Deux grossesses suivront, et mon poids deviendra pour moi un « non-sujet ». Tout, mais ne pas revivre l’enfer de cet épisode à base de troubles du comportement alimentaire. L’âge aidant, je suis redevenue végétarienne, remplaçant la viande par des substituts devenus beaucoup plus accessibles. Niveau connaissances alimentaires, je me trouve alors toujours proche de l’inculture : bien sûr, je me doute que les légumes sont meilleurs que les bonbons et que la quantité de produits sucrés et gras ingérés ne va pas dans le sens d’une alimentation saine, mais c’est à peu près tout.
En fait, je l’ai compris bien des années plus tard, mon parcours n’est pas uniquement l’histoire d’une dépendance aux produits industriels, mais surtout celle d’un désamour de moi-même. Ce rapport au corps m’a fait faire les pires choix. Difficile de respecter ce qu’on n’aime pas et de lui donner le meilleur. Cette lutte sera le fil conducteur de ma vie jusqu’à la prise de conscience que mon corps n’est pas un ennemi à combattre, mais un allié à écouter, une équipe avec laquelle s’aligner pour une vie plus douce.
À l’aube de mes 50 ans et du « deuxième printemps » (comme on appelle la ménopause en médecine traditionnelle chinoise), je suis en quête de tracer un tout autre chemin.
Je me souviens d’un épisode de mon enfance qui m’a beaucoup marquée : j’avais 7 ou 8 ans, j’étais chez la grand-mère d’une copine qui avait un potager rempli de tomates cerises bien rouges. Nous en avions chipé quelques-unes et leur goût chaud et sucré sur ma langue m’avait comblée. Cette découverte extraordinaire de n’avoir qu’à se pencher pour se régaler ! Pas de magasin, pas d’emballage, pas de préparation : la simplicité gourmande à l’état pur.
Dans mon parcours, je resterai toujours émerveillée par la magie des fruits qu’il suffit de croquer ou d’éplucher. Mon rêve a longtemps été d’avoir un arbre fruitier. Une amie me l’a offert il y a une dizaine d’années en plantant un pommier et, depuis, je suis l’heureuse propriétaire d’un jardin de 2000 m² abritant une dizaine de pommiers, trois noyers, un châtaignier… Après vingt ans dans un appartement nantais, j’ai finalement décroché mon Graal avec la rencontre de Yan et l’achat de cette maison. Mon cheminement n’est pas qu’alimentaire, il englobe un passage profond de « couples souffrants » à un « couple conscient ». Nous en parlons largement sur notre canal Odysee nommé Les fées de Serre.
Mais alors, quel est le constat ? La majorité d’entre nous travaillons pour gagner de l’argent, faisons nos courses en supermarché et mangeons ce qui nous fait envie sans penser à l’équilibre. Les produits qui peuplent ces bâtiments sont presque tous issus de l’agro-industrie : conservateurs, additifs, colorants, arômes artificiels… Nous nous ruinons pour une nourriture qui ruine notre santé, sans forcément faire le lien. Et nous finissons par enrichir l’industrie pharmaceutique. La boucle est bouclée.
Bien souvent, nous prônons nos addictions : « J’aime trop ceci, trop cela… ». Coûte que coûte, même si nous savons que ce n’est pas l’idéal, ni pour notre équilibre, ni pour l’écologie. Pesticides, modifications génétiques, appauvrissement des sols… N’en jetez plus, la coupe est pleine ! Même les rayons fruits et légumes ne garantissent plus une nourriture vivante tant ils sont devenus pauvres en minéraux.
Alors, que nous reste-t-il ? La possibilité de manger davantage bio, d’aller vers des magasins plus éthiques ou des marchés. Seul bémol : cela ne rime pas toujours avec un portefeuille peu garni.
Voilà notre idée : devenir le plus autonomes possible en lien avec la nature et les savoir-faire. En mangeant localement, dans son jardin ou dans la nature sauvage, nous mangeons vivant. Les aliments sont plus nourrissants, remplis de ce dont nous avons besoin pour être en pleine forme. Pas besoin de compléments coûteux, de produits exotiques ou de recettes compliquées. Tout est là, mais cela demande un peu de connaissance et, surtout, un déconditionnement total.
Qui sait qu’une seule cuillère à soupe d’ortie séchée apporte autant de calcium utilisable par votre corps qu’un verre de lait ? Une ressource totalement gratuite, bretonne et sans souffrance animale…
Je vous propose ainsi, dans mes futurs articles, de déconstruire des croyances solidement ancrées et de proposer une alimentation saine avec peu, sans faire de compromis sur la gourmandise ni l’équilibre. Mais la vraie gourmandise : celle de la nature, comme la tomate cerise de mon enfance…
A bientôt donc…
Adélaïde
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